Cultures et mondes ludiques : Quand le jeu s’invite dans la recherche universitaire – Épisode 1

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Interview de Laurent DI FILIPPO

  • Tu fais partie de ceux qui sont à l’origine de la liste de diffusion « Recherche-jeux-Strasbourg ». Comment cela a-t-il commencé ?

Il y a effectivement eu dès le départ l’envie de créer des contacts avec le secteur socio-économique des jeux en Alsace et dans le Grand Est c’est-à-dire aussi bien les entreprises, que les développeurs indépendants, les associations (surtout pour les jeux de rôle et jeux de plateau) et les institutions qui aident au développement et à l’innovation.

Je travaillais comme post-doc au sein du studio Ernestine à ce moment-là. Celui-ci avait été incubé au sein de l’Université et il était toujours en contact avec les domaines de la recherche et les membres du studio étaient aussi intéressés par la recherche. Ça semblait donc naturel d’intégrer des professionnels dans la boucle.

De plus, il y a, dans le groupe, des chercheurs dans le domaine des sciences de gestion et de l’économie qui ont l’habitude de travailler avec des entreprises, et des enseignants-chercheurs dans des filières professionnalisantes où les contacts avec les entreprises sont également importants.

  • D’où est venue l’idée de créer un tel groupe ? Quel était le but ?

L’idée de créer un tel groupe est venue dès que je suis arrivé comme post-doc à Strasbourg, car bien qu’il y avait à l’Université de Strasbourg des chercheurs qui isolément travaillaient sur ces sujets, il n’y avait pas encore de véritables projets collectifs.

Dans l’université où j’ai fait ma thèse, l’Université de Lorraine, il y avait alors également des chercheurs qui travaillaient relativement isolément, mais un Gamelab avait pu être mis en place.

Or, partout ailleurs dans le domaine francophone, on voyait se monter de plus en plus d’équipes autour de ces sujets d’étude et leur force venait du fait de pouvoir travailler ensemble, monter des projets, faire des publications communes, s’appuyer sur les travaux des uns et des autres.

Cela va aussi dans le sens des évolutions de la recherche universitaire actuellement.

J’avais donc bien vu la nécessité de monter une équipe pour que les travaux sur les jeux de l’Université de Strasbourg soient mieux reconnus et rendus plus visibles, tout en gardant un contact important avec le terrain.

  • L’idée de départ était de se concentrer sur le jeu vidéo en Alsace (et dans le Grand Est plus généralement), est-ce que cela a évolué depuis ?

L’idée a toujours été dès le départ de traiter des jeux en général et pas que des jeux vidéo justement (une différence avec certaines autres équipes francophones, même si on observe des mouvements d’ouverture actuellement). Mais il se trouve que nos premiers contacts étaient majoritairement dans le domaine du jeu vidéo, via Ernestine ou via nos recherches. Par le bouche à oreille, nous avons aussi intégré différentes personnes des services de l’Université de Lorraine comme le Centre de Culture Numérique.

Ensuite, comme je fais partie de l’organisation du Don des dragons (une convention interassociative de jeux au bénéfice du Téléthon), j’ai intégré différentes associations de jeux dans la boucle, et nous avons associé des personnes souhaitant monter des entreprises, ainsi qu’un conteur intéressé par le jeu vidéo (Matthieu Epp).

De même, nos contacts étaient essentiellement basés dans le Bas-Rhin, mais nous nous ouvrons de plus en plus sur le Grand Est, et les événements scientifiques permettent de faire intervenir des chercheurs de toute la France.

  • Quelles initiatives ont été lancées depuis la création du groupe ?

Au départ, nous avons organisé plusieurs réunions, de manière à ce que les gens de différents horizons se rencontrent afin de partager des informations sur les projets de chacun, et savoir ce qu’on pouvait faire ensemble.

De manière générale, cela a permis à des personnes de différents horizons d’échanger.

À l’automne 2018, nous avons organisé à l’Université une Master Class dont l’objectif était d’échanger entre chercheurs, créateurs et institutionnels dans le domaine des jeux. Pour cela, nous avions obtenu une aide de l’IdEx de l’Université de Strasbourg et cela nous a permis de marquer la fondation du groupe.

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Master Class – Play>Think>Upgrade>Replay

Ensuite, nous avons déposé et obtenu un financement pour un programme scientifique de la part de la MISHA (Maison interuniversitaire des sciences de l’homme – Alsace), afin de nous aider à organiser des événements scientifiques. Cela nous a permis depuis janvier 2019 d’organiser un séminaire de recherche mensuel et d’accueillir plusieurs collègues pour qu’ils présentent leurs recherches et d’initier ainsi des collaborations avec des chercheurs extérieurs.

Nous avons également lancé une journée d’étude sur le thème « Concepteurs, conceptions et créations de mondes ludiques » qui aura lieu le 28 novembre à la MISHA et qui réunira des chercheurs de toute la France.

  • Qui sont les membres ?

Aujourd’hui, la liste de diffusion compte un peu plus d’une cinquantaine de personnes : chercheurs, entrepreneurs, développeurs, artistes, étudiants, et d’autres personnes intéressées par le jeu.

Du côté de la recherche, il y a principalement une dizaine de chercheurs de l’Université de Strasbourg issus de plusieurs disciplines : sciences de gestion, sciences du langage, art, sciences de l’information et de la communication, informatique, études germaniques et scandinaves.

  • Quels seront les prochains projets et autres initiatives ?

Le programme MISHA va se poursuivre jusqu’à fin 2020 en continuant les séminaires mensuels. Et durant l’année 2020, l’idée est de favoriser le développement d’un réseau Grand Est.

En effet, j’ai obtenu un poste de Maître de conférences à l’Université de Lorraine, sur le site de Metz, pour l’ouverture d’un Master en sciences de l’information et de la communication spécialité dans le domaine des jeux. Les collaborations bénéficieront ainsi aussi bien à tous les chercheurs de l’Est qu’aux étudiants.

Une seconde journée d’étude aura lieu les 19 et 20 novembre 2020 à la MISHA.

Et d’autres événements seront organisés.

De plus, nous travaillons actuellement sur l’ouverture d’une collection sur le thème des mondes ludiques aux Presses universitaires de Strasbourg, afin d’éditer des travaux universitaires sur ce sujet.

Merci Laurent. Rappelons que tu es docteur en sciences de l’information et de la communication, que tu as exercé comme chercheur post-doctoral au sein du studio strasbourgeois Ernestine, et que tu es à partir de cette rentrée 2019 maître de conférences à l’Université de Lorraine, sur le site de Metz. Kim-Marlène Le, qui est jeune docteure en sciences de gestion de l’Université de Strasbourg, s’occupera de la coordination du groupe à Strasbourg une fois que tu seras en poste à Metz.

Dans notre prochain épisode : mon entretien avec Thierry Burger-Helmchen, professeur en sciences de gestion et lui aussi membre de ce programme.

Cultures et mondes ludiques : Quand le jeu s’invite dans la recherche universitaire – Épisode 1

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